Neuchâtel, c'est la région que je garde jalousement pour moi depuis que je l'ai découverte. Pas de foules, pas d'influenceurs en file indienne devant un spot Instagram — juste le silence des forêts du Jura, l'odeur de la pierre dorée dans la vieille ville, et le lac qui change de couleur selon l'heure. Le Creux du Van m'a coupé le souffle la première fois que je l'ai vu apparaître au détour d'un sentier : un amphithéâtre naturel de 160 mètres de falaises calcaires, avec une colonie d'ibex qui te fixent sans la moindre crainte. C'est l'un des paysages les plus saisissants que j'aie vus en Suisse.
Ici, l'histoire s'est construite autour de deux obsessions : le temps et l'absinthe. La Chaux-de-Fonds, classée au patrimoine UNESCO, est une ville entière conçue autour de l'industrie horlogère — les rues sont tracées à angle droit pour maximiser la lumière naturelle dans les ateliers. Et dans le Val-de-Travers, la Fée Verte était fabriquée en secret bien avant d'être légalisée en 2005. J'ai goûté l'absinthe artisanale à Môtiers, dans une distillerie familiale, et je comprends maintenant pourquoi Rimbaud et Verlaine en étaient fous.
Ce guide te donne accès à la version de Neuchâtel que les touristes ne voient jamais. Moins célèbre que Genève ou le Valais, plus abordable, avec une douceur de vivre qui tient autant au lac qu'à l'état d'esprit des habitants. Prends le temps de flâner sur les quais, de te perdre dans les gorges de l'Areuse, et de pousser jusqu'à La Brévine — la « Sibérie de la Suisse » — pour comprendre que ce canton recèle des contrastes à nul autre pareil.